Médiation : chronique d’un médecin – Acte 1/8 : la genèse

Dans cette série, j’aimerais vous emmener dans mon univers. Suivez-moi si vous le voulez bien.

Petit, je voulais être père Noël. Belle profession, bien considérée par le bonheur qu’elle apporte, le rythme soutenu d’une nuit mais bien reposante sur une année.

Déception importante. Alors quel sera mon avenir professionnel ? C’est décidé, je serai médecin ! Pourquoi ? Bien évidement pour soigner, guérir et sauver le monde, l’humanité, combattre l’injustice et la souffrance, apporter de la paix et du réconfort.

Rien moins que cela et en toute modestie !

Les années ont passé. Je suis bien devenu médecin mais j’ai laissé partir les illusions d’un père Noël spécialiste de la santé ou d’un médecin tout puissant. Je me suis contenté de « guérir parfois, soulager souvent, écouter toujours » (Hippocrate).

J’ai écouté de plus en plus et, bien souvent, les patients me guidaient, m’aidaient dans le diagnostic. Ainsi, cette femme aux urgences adressée pour un lumbago chronique avec une douleur difficilement amendée par les traitements habituels qu’elle prend depuis longtemps. Je l’interroge, l’examine. Rien de particulier. Je m’intéresse à elle, à sa vie et, peu à peu, elle évoque son fils emprisonné, qui tourmente sa vie, « lui fait mal » tous les jours. Elle se dit emprisonnée ne pouvant en parler à personne. Elle viendra à lier sa douleur rachidienne qui limite également sa mobilité, à sa souffrance psychique, véritable lieu d’enfermement et de limitation. Elle ira jusqu’à repartir soulagée. Cette patiente dont je ne me souviens du nom m’aura guidé, et appris que dans certains cas l’écoute active peut être traitement ou du moins y participer.

C’est peut-être cette conscience qu’écouter était non seulement le guide d’une prise en charge médicale mais aussi la source par elle-même de rencontre, de soulagement. Les opportunités à aller à la rencontre, à l’écoute de la souffrance tout en exerçant mon activité médicale m’ont conduit vers les prisonniers, les marginaux et, peu à peu, vers les plus fragiles : les patients en fin de vie. « Ecoutez vos patients, ils vous apprendront tout » (Cicely Saunders).

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J’ai ainsi accompagné en soins palliatifs des milliers de patients ces vingt dernières années. J’ai essayé de mettre en œuvre toutes les possibilités que l’art médical offrait en lien avec les connaissances scientifiques actuelles, mais j’ai surtout écouté la souffrance des patients, souffrance physique et/ou morale, celles des proches, celles des parents accompagnant leur enfant, celle des équipes soignantes devant l’impensable : notre finitude.

Aussi, suis-je passé pour celui qui savait écouter comme si je savais le faire : j’essaye seulement de le faire. Sollicité auprès d’équipes en souffrance puis dans le cadre de médiation des usagers, j’ai « glissé » un jour, sans le savoir, vers la médiation de confrères en conflits.

©Hermès Médiation – centre de médiation – Poitiers

La suite est ici. Médiation : chronique d’un médecin – Acte 2/8 : les soins palliatifs, un lieu de souffrance propice aux tensions

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