Médiation : chronique d’un médecin – Acte 8/8 : peut-il y avoir médecine sans médiation ?

Nous avons vu à travers ces histoires de vie à quel point le médecin de soins palliatifs peut être un véritable médiateur. 

« On ne doit pas forcément répondre immédiatement à la demande mais on peut l’entendre, s’y intéresser et essayer de voir d’où elle vient, de voir s’il y a quelque chose au-delà, c’est-à-dire de s’intéresser à la plainte, à la souffrance et, du coup, à la parole du patient. Cette demande est quand même à interroger et il ne s’agit pas d’y répondre comme si les choses étaient parfaitement claires et sans ambiguïté. Distinguer la demande, les besoins et les désirs peut permettre d’accueillir cette demande sans se sentir sous l’injonction d’une sorte de « sur-moi » à y répondre ». Clotilde Leguil, psychanalyste et philosophe, aurait pu également écrire ces phrases au sujet de la médiation et de la clinique médicale en soins palliatifs, elle qui a écrit sur le dialogue entre clinique médicale et psychanalyse dans la liberté des patients en fin d’existence.

« On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux », nous confie Antoine de Saint-Exupéry. Tout n’est effectivement pas dit, ou vu clairement, ni dans la plainte, ni dans le conflit initialement. Un long processus d’approche, une véritable formation en médiation et en médecine de soins palliatifs sont nécessaires pour passer des faits, de l’histoire de la maladie, aux points à résoudre, aux véritables besoins pour cheminer vers les solutions que les médiés ou patients, les proches, les équipes peuvent envisager. Il existe, nous l’avons vu, bien des similitudes entre l’accord structuré résolvant le conflit traité par le processus de médiation et l’accord implicite propre à la prise en charge médicale de soins palliatifs. Cette dernière, afin de bénéficier de la richesse de la médiation, nécessite une adaptation qui se doit de rester fidèle aux principes qui structurent la médiation.

Empruntant le chemin de la médiation dans mon parcours médical, j’ai cueilli beaucoup.
Tout d’abord une découverte, car ce fut une véritable découverte : un moyen d’apaiser des liens blessés par une approche réfléchie qui s’enracine dans le patrimoine et la réalité de notre humanité. Un moyen ai-je dit : non ? Une science ? Une méthode ? Un savoir ? Sans aucun doute un art, comme la médecine avec laquelle la médiation partage beaucoup de similitudes.

De l’intérêt aussi. Au travers des connaissances reçues sur la médiation, j’ai reconnu beaucoup de points communs avec le médecin et particulièrement le médecin exerçant dans un service de soins palliatifs. Au-delà de cette constatation, j’ai pu réfléchir à l’enrichissement de cet enseignement sur la pratique médicale qui côtoie la souffrance, la violence et les conflits. Ceux-là envahissent notre société sans épargner le monde de la santé.

Une espérance enfin. C’est un terme fort mais qui n’est pas employé abusivement. Il s’agit d’apprendre à adoucir la souffrance, non seulement celle du corps ou du psychisme comme en médecine ou en psychothérapie, mais aussi celle de la relation abîmée.

C’est une belle espérance puisque notre condition humaine à chacun se nourrit, en permanence et de tout temps, de relations. Notre vie est relation. Même l’ermite privilégie une relation : celle avec Dieu.

Il n’est pas surprenant que nées d’une même racine, médecine et médiation portent des fruits qui apaisent l’homme, en le nourrissant quand il a faim, en le désaltérant quand il a soif, en l’apaisant lorsqu’il l’accepte.

©Hermès Médiation – centre de médiation – Poitiers

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