La comédiation, ou un binôme de médiateurs pour sécuriser l’amiable

Nous avons fait le choix, au sein du centre Hermès Médiation, d’exercer systématiquement la médiation en binôme. C’est un parti pris là où des médiateurs privilégient l’exercice en solitaire pour des raisons qui leur appartiennent. Sans épiloguer sur les pratiques, là n’est pas le sujet, il nous a semblé opportun de préciser en quoi la comédiation nous parait être un atout, tout autant pour les participants que pour les médiateurs.

Chaque médiateur du centre Hermès Médiation dispose d’une forte compétence dans au moins un des domaines suivants, confirmée par l’expérience : juridique, communication, management, santé. L’intérêt est de présenter à la personne qui nous saisit un interlocuteur crédible. Si le médiateur ne dispose pas de connaissance particulière du secteur d’activité dans lequel exerce le saisissant, un litige sur une installation de chauffage dans un bâtiment industriel par exemple, ou encore une rupture contractuelle dans le cadre d’une levée de fonds par une société au profit d’un projet de sauvegarde du patrimoine, ou bien encore une garde d’enfant que se disputent deux parents, la principale des quatre compétences présentées ci-avant sera du domaine à rassurer la personne à l’origine de la saisine. Nous l’avons constaté. A cela, faut-il le préciser, s’ajoute la formation même du médiateur, détenteur d’un diplôme universitaire en médiation et en gestion des conflits. Cela va de soi.

La compétence, mais pas que
La médiation requiert une grande qualité d’écoute et une disponibilité d’esprit sans faille. Toutefois, ces dispositions, ainsi que les compétences initiales du médiateur, ne suffisent pas toujours à l’instauration d’un climat de confiance entre le médiateur et le saisissant, entre le médiateur et les parties en conflit. Il se joue autre chose qui dépasse tout aspect rationnel lié à la compétence et à l’expérience du médiateur, c’est le feeling, cette intuition que l’on a que le courant passe ou ne passe pas avec son interlocuteur, ou le parti pris que le médiateur peut avoir, consciemment ou inconsciemment, pour l’une des parties.

La pratique de la co-médiation nous a appris à parer ces situations, qu’un médiateur exerçant seul ne peut assurément pas surmonter malgré toute sa bonne volonté, sa quête d’objectivité et la conviction affichée d’être impartial. Nous le constatons à chaque médiation. Lors des rencontres plénières en particulier, ces rencontres au cours desquelles tous les protagonistes sont autour de la table, il est fréquent qu’une personne, une partie, s’appuie sur le médiateur avec lequel il est le plus en confiance. Certes, l’impartialité dudit médiateur s’en trouve exposée. Il lui reviendra d’y veiller pour ne pas risquer d’être accusé d’iniquité par l’autre partie. C’est le jeu. Le comédiateur sera là pour contrebalancer cette potentielle impression de déséquilibre. Sur le ton de l’humour, un formateur en médiation nous disait un jour : « un protagoniste pense un médiateur impartial quand il soupçonne celui-ci d’être un tout petit peu de son côté quand même ».

Lire aussi notre article : Un conflit ? Et si on décidait d’une médiation comme alternative à la justice ?

Un binôme pour garantir la sécurité de la médiation
Trêve de plaisanterie, la pratique de la comédiation repose sur une parfaite connaissance des médiateurs entre eux, d’une part pour appréhender les entretiens individuels, d’autre part pour construire le mode opératoire des rencontres plénières et définir la posture que chaque comédiateur devra tenir. Les plénières pouvant durer jusqu’à trois heures, il nous est apparu plus confortable d’exercer en comédiation tant les tensions peuvent être élevées et l’attention durement sollicitée. Pour des médiations en entreprise impliquant dix à vingt salariés, voire plus dans des conflits touchant des équipes entières (nous sommes montés à quarante participants, si si), il nous est arrivé d’être trois médiateurs à intervenir.

En comédiation, les médiateurs mettent en pratique leur complémentarité, dans un esprit d’entraide, avec leur sensibilité respective et leur capacité de discernement sur ce qui se joue entre les protagonistes car, dans toutes les médiations, les médiateurs sont toujours manipulés par les parties en conflit. C’est ainsi, les parties en conflit agissent bien souvent en ce sens inconsciemment. C’est humain. Comment un médiateur, seul, peut-il lutter contre cette pression naturelle qu’exerce une partie dans sa quête de persuasion, voire de séduction ? Tout comme il est humain que l’un des médiateurs, au fond de lui-même, est une préférence ou une affinité pour l’une des parties.

Enfin, à l’issue de chaque médiation, le débriefing s’avère assurément constructif entre comédiateurs, formateur aussi en ce qu’il peut s’apparenter à une analyse de pratique si ce temps est conduit intelligemment. Et quelle stimulation de pouvoir échanger à l’issue, de surcroit dans le contexte d’un conflit bien ancré et exacerbé à souhait, ce qu’un médiateur seul ne peut évacuer. Et quelle richesse de pouvoir coopérer. Pour Jacques Faget, directeur de recherche émérite au CNRS, médiateur et formateur, auteur de nombreux ouvrages sur la médiation, la comédiation « constitue un garde-fou au risque de toute puissance individuelle ». 

Si vous, lecteur, êtes un médiateur, nous vous recommandons cet ouvrage d’Hélène Abelson Gebhardt, ancienne magistrate et médiatrice, « La comédiation, mode d’emploi » (Ed. Médias & Médiations – 2020).

Si vous, lecteur, vous intéressez simplement à la médiation ou êtes à la recherche d’un médiateur, nous vous invitons à consulter notre page Qui sommes-nous. Enfin, en réponse à la question qui nous est souvent posée, nos émoluments ne sont pas deux fois supérieurs aux tarifs pratiqués par d’autres centres de médiation ou des médiateurs exerçant en solo, au motif que nous intervenons, nous, en comédiation. Pour en savoir plus contactez-nous.

©Hermès Médiation – centre de médiation – Poitiers

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