Congrès « Médiations 2022 » : on se forme et on s’informe

Le programme était ambitieux : la médiation, un repère au cœur d’un monde en transition. Et pourtant, le 2econgrès international des médiations qui s’est tenu à Angers, du 5 au 7 octobre, a tenu sa promesse. Placé sous le haut patronage du président de la République, ce rendez-vous a rassemblé 800 participants et totalisé une centaine d’intervenants de 16 nationalités différentes : Anglo-saxons, Belges, Espagnols, italiens, Suisses, Canadiens, Libanais, Brésiliens, Argentins, Ivoiriens… C’est dire si c’était riche ! L’avantage de ces congrès internationaux est d’éviter à nos experts français d’être auto-centrés, de se gargariser de nos succès franco-français en cachant la poussière sous le tapis. Soyons honnêtes : un témoignage étranger invite souvent son auteur à l’angélisme en dehors de ses frontières. C’est de bonne guerre. Qui en écoutant un Canadien n’a jamais pensé que l’herbe était plus verte ailleurs que chez nous ? Le benchmark international pousse à l’humilité de nos initiatives et de nos retours d’expériences.

Dans un bon nombre de domaines de médiation, la France semble en retard. Regardons la bouteille à moitié pleine. L’Hexagone est à la traine mais ça progresse. Doucement mais sûrement. Et ne tombons pas dans les clichés car la médiation est protéiforme, et, selon les secteurs d’activité, elle est plus ou moins structurée, plus ou moins reconnue, plus ou moins ancrée. Les disparités sont profondes. Le premier médiateur national nommé pour les personnels des établissements sanitaires et médico-sociaux a été nommé en 2019. Le premier médiateur de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur fut nommé, lui, trente ans plus tôt que son homologue de la santé, en 1989. Et l’on se demande bien ce qui s’est passé durant trente ans après avoir entendu, durant le congrès, Catherine Beccheti Bizot, médiatrice nationale, affirmer qu’avant même de sensibiliser les enfants, il faudrait former les enseignants…

Jean-Pierre Bonafé-Schmit, chercheur associé au groupe d’étude de médiation du centre Max Weber (CNRS – Université de Lyon), a rappelé, s’il en était besoin que « dans nos sociétés, la médiation est encore une contre-culture, ce n’est pas un réflexe naturel ». Et d’ajouter que « la médiation comme processus éducatif est un des moyens pour promouvoir une culture de médiation dans nos sociétés, mais cela nécessite son insertion dans l’ensemble des établissements scolaires, une modification du système scolaire vers un modèle plus collaboratif et plus inclusif ». Bref, comme disait un Premier ministre : « la route est droite mais la pente est raide ! ».

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Des initiatives en Angleterre et en Belgique montrent qu’il ne faut pas tout attendre de nos illustres institutions bien souvent embourbées dans des crises de légitimité et d’autorité. Dave Walker, directeur de Calm Mediation, a rapporté comment des centaines de jeunes en Angleterre, formés à la médiation dès leur plus jeune âge, ont été des référents médiateurs jusqu’au lycée, au point, pour un bon nombre, d’être devenus plus professionnels que n’importe quel médiateur professionnel.

Joëlle Timmermans, elle, est fondatrice de l’Union belge des médiateurs professionnels, en charge de la formation à la commission fédérale de médiation au ministère de la justice en Belgique, directrice de l’association Le Souffle. Créé en 1987, Le Souffle est une association socio-éducative européenne d’action, de formation et de médiation qui, en 2012, a introduit en Belgique un projet-pilote auprès du service de l’Enseignement et de la formation professionnelle de la commission communautaire française. Cette expérience, qui se poursuit encore aujourd’hui, vise à introduire la concertation restaurative en groupe en milieu scolaire. Comme bien d’autres pays, la Belgique est touchée par l’augmentation des violences scolaires. Tout comme la justice restaurative, ou la médiation auteur-victime, la concertation restaurative en groupe « est un processus qui vise à réparer le dommage causé dans une communauté par un incident incluant un comportement antisocial. Elle vise d’abord à restaurer autant que possible le lien social, tout en s’occupant du préjudice matériel » énonce Joëlle Timmermans.

Si la curiosité d’en savoir plus sur cette expérience vous tenaille l’estomac, lisez « La justice restaurative en France et en Europe » sous la direction de Janie Bugnion (Ed. Médias & Médiations, 2020). Vous y retrouverez le témoignage de J. Timmermans.

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Dans le domaine de la médiation inter-entreprise et commerciale, les écarts peuvent aussi être vertigineux entre la France et d’autres pays. Orit Asnin dirige un cabinet d’avocats et intervient dans la médiation et la résolution de conflit en Israël. Son cabinet a plusieurs centaines de médiations par an à son actif. Dans son pays, la médiation s’est imposée à la justice.

En France, Le Centre de médiation et d’arbitrage de Paris (CMAP), association créée en 1995 par la Chambre de commerce et d’industrie de Paris, a pour vocation de traiter les conflits impliquant au moins une entreprise. Dans son baromètre 2020, le CMAP faisait état de 492 dossiers ouverts sur toute l’année 2019. Valérie Ohannessian, avocate et auteur de « La médiation en entreprise » (Que sais-je, PUF) constatait que c’était « le nombre de jugements statuant sur le fond, rendus par le tribunal de commerce de Paris pour le seul mois de mars de la même année ». Réjouissons-nous, dans son baromètre de l’année suivante paru en novembre 2021, le CMAP a enregistré une hausse de 9% des médiations d’entreprise.

Ce 2e congrès international des médiations à Angers a aussi abordé la médiation de la consommation, le recours à la médiation en matière de justice civile et pénale, la médiation familiale, le développement de la médiation administrative, la médiation institutionnelle, la médiation dans la santé et le médico-social, les médiations inter-culturelles, la médiation et les conflits internationaux, la justice restaurative post terrorisme.

Il est bien frustrant de mettre en avant certains ateliers et de mettre de côté les autres, tout aussi intéressants et qui mériteraient également un intérêt particulier. Mais il nous est impossible de clôturer cette chronique sans parler de la table ronde autour de la justice restaurative post terrorisme, dont le contenu était à la fois une leçon de vie, d’humanité et de respect.

Comment mettre en face à face l’auteur d’un acte terroriste et sa victime ou sa famille ? Il ne s’agit en aucun cas de renouer un lien, le sujet n’est pas là, mais de réparer ce que l’infraction a détruit chez la victime, de permettre à cette dernière de ne plus être dans la culpabilité et, pour l’auteur, de prendre conscience des histoires de vie qui se cachent derrière les armes et qui sont détruites de son propre fait.

Cette thématique marquante pour nous fera l’objet de plusieurs chroniques à venir. Dans l’attente, je vous laisse méditer sur une phrase de Djalâl-od-Dîn Rûmî, poète Persan du XIIIe siècle : « Par-delà le bien et le mal, il existe un chemin. Je t’y retrouverai ».

Laissons le mot de la fin à Christian Leyrit, préfet de région honoraire, médiateur du département de Charente-Maritime et président de l’Association des médiateurs des collectivités territoriales (AMCT) qui clôtura ce congrès international à Angers : « la médiation s’impose désormais comme un repère incontournable, et, bien au-delà, comme un véritable projet de société qui replace l’humain au cœur de la prévention et de la résolution des conflits, dans les secteurs de la vie des citoyens, des institutions et des organisations ».

La médiation ? Les questions les plus fréquentes, c’est à lire ici.

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