La brouille, de Claude Boujon

Les livres de jeunesse sont parfois surprenants. Ecrits par des adultes, certains de ces livres semblent avoir été imaginés d’abord pour des adultes avant d’être destinés à des enfants. C’est le cas de « La brouille », publié en 1989 à l’Ecole des loisirs, réédité en 2021. On doit ce petit ouvrage d’une vingtaine de pages, remarquablement et simplement illustré, à Claude Boujon, auteur d’un grand nombre de livres de jeunesse, décédé en 1995 à l’âge de 65 ans. Il fut rédacteur en chef de Pif Gadget pendant une quinzaine d’années et reçut, en 2003, le prix Bernard Versele. Ce prix littéraire d’enfance et de jeunesse est organisé par la Ligue des familles en Belgique. Il récompense depuis 1979 des ouvrages choisis par un jury composé d’enfants âgés de 3 à 13 ans.

Lapin gris et lapin marron sont voisins. Au début de leur voisinage, tout allait bien entre monsieur Grisou et monsieur Brun. Les relations étaient sympathiques, jusqu’au jour où lapin marron fut excédé par les ordures de lapin gris autour de son terrier. Le climat se tendit et, au fil du temps, tous les prétextes furent bons pour s’en prendre à l’autre : la radio de monsieur Brun était trop forte et lapin gris ne s’entendait plus « grignoter ses carottes » ; le linge de l’un étendu sur un fil gâchait le paysage pour l’autre ; l’odeur de l’autre incommodait le premier qui finit par lancer un savon à son contemporain. Bref, à l’instar de tout bon rapport de voisinage qui se dégrade, la situation dégénéra au point où lapin brun prit un jour l’initiative de construire un mur entre les deux terriers. De colère, lapin gris le détruisit. Les deux lapins s’insultèrent, se menacèrent et en vinrent aux mains. Aux pattes pardon.

C’est un renard affamé qui fut à l’origine d’un revirement de situation. Au moment où le canidé surgit par surprise, nos deux rongeurs, par instinct de survie, sautèrent et se réfugièrent in extremis dans le terrier de lapin marron. Désormais unis contre leur ennemi commun, ils creusèrent un tunnel jusqu’au terrier de lapin gris, par lequel ils sortirent pour échapper au renard qui cherchait toujours à les attraper de sa patte dans le terrier de monsieur Brun.

Depuis, chacun ayant regagné son terrier, monsieur Brun et monsieur Grisou furent de nouveaux amis. « Ils se disputèrent très rarement et uniquement quand c’est indispensable ». Ils conservèrent la galerie creusée entre leurs domiciles, pour se rendre visite, voire « se chamailler sans se mouiller » par temps de pluie.

Ce livre aux illustrations colorées et expressives est parfait pour illustrer les conflits de voisinage. Tout y est dans « La brouille » : les valeurs tels que le respect, la tolérance, la sécurité et la solidarité, l’expression du besoin, l’escalade de la violence, l’individualité, l’union faisant la force face aux dangers, la recherche de solutions par les intéressés, comme en médiation, l’amitié et, enfin, la paix.« La brouille » est une mine de symboles et une richesse d’enseignement, pour les enfants, comme pour les grands.

Dans le registre de la littérature pour enfant, si vous avez manqué notre billet sur « Une histoire à quatre voix » d’Anthony Browne, nous vous invitons à y jeter un oeil. C’est à lire ici : Et si chacun avait sa carte du monde ? – Acte 3

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