L’incommunication : pour comprendre l’intérêt de la médiation

Il était temps que nous consacrions quelques articles sur ce sujet. La littérature recèle de citations sur la communication et les relations. Les ouvrages de Dominique Wolton nous en ont inspiré plus d’une : « La communication est un service public de la vie ». Au menu Médias/Communication de notre site web, vous en trouverez une autre dénichée dans l’un de ses nombreux ouvrages intitulé « Il faut sauver la communication » (Ed. Flammarion, 2005), une bonne entrée en la matière quand on parle de médiation. Ce que l’on a aimé chez lui, c’est qu’il rappelle que l’université française s’est ouverte à la discipline des sciences de l’information et de la communication en… 1974 ! Pendant ce temps-là, aux Etats-Unis, les grands principes de la médiation faisaient leur chemin, alors que celle-ci peine encore à se structurer en France aujourd’hui. Voilà, c’est dit. Et toc ! Nous, taquins ? Oui, bien évidemment, et alors ?

Revenons à notre sujet. De notre point de vue, il aurait été bien maladroit de ne pas faire référence ici à ce directeur de recherche au CNRS en sciences de la communication. D. Wolton est fondateur de la revue Hermès, l’une des premières créée sur les sciences de l’information et de la communication publiée par CNRS Edition. Il est aussi l’auteur d’une trentaine d’ouvrages publiés en vingt langues. Ses travaux portent sur l’individu, la famille et les relations interpersonnelles, les médias, l’espace public et la communication politique, l’information et le journalisme, internet et le numérique, la culture et l’anthropologie, la diversité culture et la mondialisation, les rapports sciences-techniques-société, l’épistémologie de la connaissance.

Dominique Wolton s’est distingué notamment en explorant le concept de l’incommunication, en particulier dans son ouvrage « Informer n’est pas communiquer » (Ed. CNRS, 2009). On apprécie la définition qu’en fait Eric Dacheux, professeur des universités dans la même discipline, dans un article publié justement dans la revue Hermès (2015) : « Incommunication. C’est une communication qui débouche sur le sentiment partagé de ne pas arriver à se comprendre (insatisfaction) ou sur la croyance que l’on est parvenu à se comprendre alors qu’il n’en est rien (malentendu). Elle se distingue de la non- communication et du désaccord (communication ayant abouti à un accord sur le fait qu’on ne soit pas d’accord).

Dominique Wolton érige la communication en enjeu majeur du XXIe siècle. Son livre poursuit la réflexion engagée dans ses précédents ouvrages sur le statut de la communication dans nos sociétés. « L’écrit, le son, l’image et les données sont aujourd’hui omniprésents et font le tour du monde en moins d’une seconde […] Nous avons, de bonne foi, pensé que ces changements apporteraient enfin un peu plus de paix entre les peuples, mais malheureusement, ce n’est pas parce que l’étranger, l’autre, est devenu plus visible que la communication et la compréhension mutuelles en ont été améliorées » écrit l’auteur. Et de constater : « Transmettre, n’est pas communiquer. La société de l’information est le fantasme de la société en réseau ».

Rappelant ce qui constitue les trois socles de la communication, technique, économique et culturel, D. Wolton traite d’abord, dans cet ouvrage, de la communication comme un terrain miné, avec ses obstacles, ses pièges, ses détracteurs. Il en analyse chaque aspect. « L’expression n’est que le premier temps de la communication. Le second temps, la construction de la relation, est évidemment plus compliqué ». Il développe la complexité de toute situation de communication qui confond généralement deux dimensions : l’une normative, c’est-à-dire échanger, partager, comprendre ; l’autre fonctionnelle qui, dans nos sociétés modernes, impose l’information comme un préalable au bon fonctionnement des rapports humains et sociaux. Il rappelle aussi les fondamentaux de notre devise républicaine : la liberté et l’égalité. « Communiquer, c’est vouloir comprendre le monde. Communiquer, c’est être libre, mais surtout, c’est reconnaître l’autre comme son égal ». La communication est fragile rappelle-t-il. Elle est indissociable de la démocratie.

Dans un second temps, l’auteur aborde ce qui, pour lui, est une chance pour la communication, l’incommunication, un sujet qu’il développera ultérieurement dans d’autres ouvrages. « Penser l’incommunication et organiser la cohabitation, c’est sauver la communication ». Reconnaître l’incommunication, c’est admettre selon D. Wolton la liberté de l’autre, son identité, ses différences. Chacun cherche la communication mais butte le plus souvent sur l’incommunication. Communiquer signe la reconnaissance du besoin d’autrui et l’acceptation du risque de l’échec. Et la communication est le préalable à la cohabitation. 

La victoire de la médiation : le passage de la transmission à la médiation

La médiation est avant tout un acte de communication, l’établissement d’un lien ou le rétablissement d’une relation. L’empathie, dont on fait tant l’éloge aujourd’hui dans notre société, ne peut se faire qu’au prix de l’attention à l’autre, de l’écoute, de la compréhension et du discernement. 

Ce livre de D. Wolton « tente de montrer la fragilité extrême de la communication, tout simplement parce qu’il n’y a pas de communication sans respect de l’autre, et qu’il n’y a rien de plus difficile que de reconnaître l’autre comme son égal, surtout si l’on ne se comprend pas. Il veut montrer l’importance de la communication pour la paix et la cohabitation des hommes et des sociétés »

Les rapports sont beaucoup plus complexes qu’hier affirme D. Wolton parce que tout se passe dans une société ouverte. « La mondialisation ne supprime pas les frontières, elle en fait ressentir les besoins ». La communication change de statut et revêt « un rôle de médiation, de tiers lieu, d’interface. C’est cela la victoire de la communication : le passage de la transmission à la médiation ». D. Wolton évoque un aspect crucial de la médiation lorsqu’il développe l’incommunication : l’altérité. « Penser l’incommunication, c’est respecter l’autre, comprendre sur quoi repose l’altérité […] Communiquer, c’est accepter l’épreuve de l’altérité ». 

Et de conclure : « Penser l’incommunication pour sauver la communication, c’est contribuer à l’immense chantier humaniste et démocratique de la tolérance ». Nous trouvons, là, l’essence même de nos convictions, ainsi que le sens de nos métiers auxquels nous consacrons tout notre engagement professionnel. 

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