Comment vous sentez-vous ? Vos émotions, notre allié

Nous l’avons déjà écrit, la littérature jeunesse est tout autant destinée aux adultes. Et Anthony Browne a déjà fait l’objet d’une de nos chroniques avec Et si chacun avait sa carte du monde – Acte 3. C’est fou ce que cet auteur, dessinateur et illustrateur, a finalement écrit pour les grands. D’origine britannique, il a reçu en 2000, pour l’ensemble de son œuvre, le prix Hans Christian Andersen, un prix surnommé le petit prix Nobel de littérature et décerné par l’Union internationale pour les livres de jeunesse. Pour l’anecdote, les lauréats de ce prix reçoivent une médaille d’or des mains de la reine du Danemark, car l’écrivain Hans Christian Andersen était Danois.

Ne nous égarons pas et commençons par vous demander comment vous sentez-vous aujourd’hui ? Vous ennuyez-vous ? Vous sentez-vous heureux ou triste ? Vous arrive-t-il d’être curieux et de vous laisser surprendre ? Etes-vous sûr de vous ou plutôt du genre timide ?

Dans « Parfois, je me sens… » (éd. Kaléidoscope, 2011), Anthony Browne invite les enfants à dire comment ils se sentent. Pour cela, il met en scène un chimpanzé, son animal fétiche, à travers des dessins tout en couleur et très expressifs. Chaque mise en situation l’invite à exprimer et à apprivoiser une émotion, un sentiment, une sensation. C’est l’opportunité d’un bel échange avec l’adulte qui l’accompagne dans cette lecture, car il n’est pas certain que les adultes que nous sommes sachent en faire autant.

C’est ce à quoi Gary Friedman nous invite, nous adultes, à travailler. Avocat de profession, Gary Friedman est considéré comme l’un des fondateurs d’un modèle de médiation basé sur la compréhension. La pratique de son métier l’a conduit sur la résolution des conflits en dehors des tribunaux, convaincu qu’un engagement volontaire des parties peut donner lieu à de bien meilleurs résultats pour régler un différend. G. Friedman a créé un cabinet de médiation à Mill Valley, en Californie, en 1976. En quarante ans de pratique, il compte plus de 2 000 médiations à son actif, aussi bien dans les domaines commercial et de l’entreprise que dans les domaines social et familial. C’est fou le retard qu’on a en France sur ce sujet…

Avec son collaborateur, Jack Himmelstein, et un moine bouddhiste, Norman Fischer, Gary Friedman a élaboré un programme baptisé SCPI, qui se prononce Skippy du nom de son chien : Self-reflexion for Conflict Professionals Intensive. Ce programme qu’il enseigne à travers le monde est destiné à tous les professionnels intervenant dans le domaine de la médiation. Il introduit l’introspection pour établir une connexion avec les parties.

Dans son ouvrage « En soi, vers l’autre », Gary Friedman propose non pas une réflexion sur la médiation, mais un travail sur le médiateur afin que celui-ci offre le meilleur de lui-même. En effet, lors d’une médiation, les parties en présence sont amenés à exposer leur différend ou leur conflit. Dans la plupart des situations, elles le font en exprimant leur colère, leur rancœur, sans même prendre conscience ou être en mesure de maitriser les mots et la violence avec lesquels elles communiquent. Comment le médiateur appréhende-t-il alors ce débordement d’émotion ? Peut-il l’accepter sans en être affecté ? Peut-il le comprendre pour l’utiliser dans le processus de médiation ?

Pour modéliser son processus de médiation par la compréhension, Gary Friedman a imaginé « la courbe en V ». Plutôt que d’évacuer ou de nier nos émotions dans ces situations-là, il propose de se livrer à un travail d’introspection pour analyser ce qui résonne en nous, considérant que ce n’est pas l’autre qui provoque la réaction en nous, mais c’est ce qui est en nous qui résonne en la présence de l’autre. Le processus de médiation par la compréhension présente trois vertus : le deuil du conflit, la symétrique de la pyramide de Maslow que nous avons déjà abordée dans notre billet N’hésitez plus à exprimer vos besoins, et la réconciliation en un modèle unique de deux types de médiation que l’on oppose le plus souvent : la médiation type résolution des problèmes, la médiation type rétablissement de la relation.

Comment accueillez-vous la colère de votre enfant ? Acceptez-vous les moments où il vous dit « je m’ennuie, j’en ai marre » ? Percevez-vous ses moments de tristesse ? Quel parent pourrait affirmer n’avoir jamais eu une réaction de déni ou de fuite face aux émotions de son enfant, par désarroi ou par ce que ces émotions éveillent en nous ?

Allez, plongeons-nous ensemble dans la lecture de « Parfois, je me sens… » d’Anthony Browne et tentons l’expérience.


La littérature jeunesse vous intéresse ? Jetez un oeil sur « La brouille » de Claude Boujon.

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